2022 09 16 Grand Trail de Serre Ponçon

Publié le 23 Septembre 2022

Le lien vers le récit sur Kikourou

GTSP 2022


 

Déjà quand même, le premier point est comment je me suis retrouvé là.

Le 23 juillet, je finis la Terre des Dieux. Un mythe.
Le 28 août je finis l’UTMB, en concluant une longue histoire avec cette course (voir mon récit par-là). Et en gros, surtout je mets un point final au dossard pour cette année – hormis Lavy des Cîmes désormais rendez-vous incontournable de fin de saison mais rarement empreint d’un réel enjeu compétitif.

Je me prévois donc deux bonnes semaines de repos, avant d’éventuellement rechausser les baskets au plaisir (voire si jamais les astres s’alignent un Off d’importance dans les Bauges).
Sur ces deux semaines, je relâche un peu côté fourchette et sucreries après un été somme toute sérieux sur ce plan-là !

Puis vendredi 9 septembre, je me pose la question si je remets les baskets le weekend qui arrive… puis je surfe un peu, et je finis par arriver sur le site du GTSP…
Je regarde la trace, le parcours vite fait… Quelque chose s’implante en moi…

3 semaines de récup c’est pas assez bon sang… Oui mais c’est tentant… Non, mais ça ferait une 3eme 100 miles en 2 mois, c’est n’importe quoi… Oui mais c’est une nouvelle expérience, une nouvelle frontière à aller explorer, … Non mais je risque de m’épuiser au mieux, me blesser au pire… Oui mais voilà en montagne, quand je vois un sommet tout proche, je pense toujours à mon papa qui m’a dit un jour en Auvergne, alors que moi je voulais rentrer : « ce sommet-là, on ne sait pas si on reviendra un jour et si on pourra le faire, alors qu’aujourd’hui… »

J’hésite tout le weekend, j’en parle à Céline, Julien me dit qu’il court le 74…

Lundi, je pose mon vendredi.
Le soir, je m’inscris.
Réserve une chambre d’hôtel le mardi soir.
Imprime le profil, et marque uniquement les interdistances, inter D+ et D-. Je ne fais aucun feuille de route ou projection de temps. Je vise au doigt mouillé 40 heures. Mais espère quand même 38 pour arriver à minuit, et profiter de la piaule louée par mon Julien sur place la nuit du samedi à dimanche.

Depuis lundi du coup, je refais attention à ce que je mange. Mais je sens rapidement que mes abus vont se ressentir musculairement. Je vais payer un peu mes agapes de ces derniers 15 jours.
Et surtout je n’ai clairement pas encore complètement récupéré. Un fond de fatigue est présent je le sens, même si il me semble que mon vélo-taf cette semaine se passe mieux.
Mais bref, je saute dans l’inconnu.

Jeudi soir, je quitte le taf, un peu plus de 3 heures de route, j’arrive à Embrun à 20H16, fait un tour au village de départ, tout est fermé, je récupèrerais mon dossard que le lendemain.

Nuit à l’hôtel, en mangeant dans ma chambre.

Nuit très, très moyenne. Je râle car cette année sur mes 3 courses, je ne serais pas arrivé à prendre le départ sans un déficit en sommeil.

2022 09 16 Grand Trail de Serre Ponçon

A 8H00, je quitte l’hôtel pour aller sur le site de départ.

Pas envie d’être stressé au dernier moment.

Récupère mon dossard, imprimé à un autre nom (normal, inscrit au dernier moment, j’ai récupéré un dossard d’un désistement).

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Sac d’allègement que l’on retrouvera à Espinasse déposé. Quelques minutes tranquille dans la voiture, rencontre avec Damien (2 fois qu’on se croise au départ d’une course cette année… et pareil qu’en Corse je ne le reverrais plus)., et je file sur la ligne.

Comme d’hab, je ne mets pas grand-chose dans le départ, donc pas trop d’émotion.
Je me demande quand même bien un peu ce que je fais là.

Mais j’ai verbalisé ce pourquoi je suis là, depuis le message du binôme Yannick hier soir :
Chercher ces limites, c’est essayer de les repousser.

Voilà je suis là pour ça, pour aller plus loin, pour me tester, pour voir si j’en suis capable, parce que si jamais c’est faisable une fois dans ma vie, c’était ce coup-là, que cette opportunité ne se présentera peut-être plus jamais, que j’ai la chance de pouvoir le faire, que j’ai la chance de vivre avec quelqu’un qui me laisse vivre, que j’ai envie de savoir, j’ai envie de découvrir cette histoire qui va être bien sûr physique mais obligatoirement et primordialement mentale…

C’est parti.
Courir mes premières foulés depuis la Place de l’amitié de Cham.

Faire un stop pipi très vite après la digue pour couper une conversation sympa, mais m’obligeant à avoir un rythme trop rapide.

Me créer très très rapidement ma bulle. M’y installer. Reprendre mes quartiers. Répéter mon mantra de cette course. Construire de la patience car le début va être obligatoirement un peu dur, compliqué, long.
Refreiner immédiatement l’esprit quand il part trop loin sur le parcours. Calculer le quart, le tiers, la moitié de course. En faire des premiers repaires en plus des ravitos et BV.

…. Je ne vais pas faire un récit continu de la course comme d’hab pour deux bonnes raisons suivantes : - j’ai des « vides » de mémoire sur pas mal de secteur et particulièrement la nuit,
- j’ai tellement peu préparé la course que je n’ai pas du tout mémorisé le nom des lieux que je devais traverser. Et du coup sur le terrain, j’ai eu l’impression de ne jamais savoir où j’étais réellement…

Peu de souvenirs avant d’arriver au cirque De Morgon. Là c’est le kiff, j’adore ces paysages. Un chamois qui court.

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Par contre dans la traversée, je me prends une première alerte crampe dans le mollet et la cheville droite. Je ne panique pas. Change légèrement mes appuis, me fait léger, détendu pour essayer de faire passer.
Un joueur d’accordéon au milieu de la montagne. Génial.
Ascension du Pic de Morgon. Trop beau. Toujours quelques alertes crampes. Et douleurs, genoux, TFL, fesses… Je ne statue rien pour l’instant. Je pense juste à ce moment-là que je paie mes abus.
J’espère, je pense, je me persuade que ce n’est que passager.
J’ai mangé un gel avant le sommet pour essayer de rapporter un peu d’énergie là-dedans.

Se relâcher dans la descente. Etre efficace, mais léger, détendu, alerte, laisser filer.

Ravito Pierre Arnoux. Vraiment que de l’eau. J’ai un peu faim.
Je repars en mangeant quelques un de mes Haribo.
D’ailleurs sur cette course, je suis clairement parti sur le constat fait sur TDD et UTMB. Je ne mange quasi rien entre les ravitos issus du sac, mais me recharge correctement sans abuser aux ravitos.

A partir de là, je sortirais les bâtons dans chaque montée les nécessitant.

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5 km avant le Lauzet. Faux plat montant.

Après la descente du Pic de Morgon, là je paie. Ce n’est pas mon terrain. Marcher. Mais j’ai déjà mal aux jambes. Les cuisses raides. « Heureusement » 4 anciens tunnels de chemin de fer sont à franchir en sortant la frontale. Ça rend le cheminement plus ludique.

Ici, premier chassé-croisé avec une anglaise (je pense), Linda, que j’ai rejoint dans la descente et avec laquelle je vais courir en parallèle au gré de nos points forts et faibles jusqu’à la descente finale.

Après le deuxième tunnel, je me rends compte que courir même très doucement me fait moins mal aux jambes que marcher.

Ça aidera à passer le dernier tunnel de 1.6 km !

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Arrivée au Lauzet : premier ravito solide. J’avais besoin. Bon plat de pâtes avec un peu de jambon en discutant avec Elodie Regazzoni qui finira 2eme féminine,  un peu de bouillon, banane, du thé sucré en partant.
Ne pas s’éterniser mais avoir recharger.

Maintenant une belle bambée jusqu’au fort de Dormilouse.
Je me souviens de passer en mode nuit : Tshirt manche longue sous le Tshirt MC. Coupe-vent sans manche, bonnet et gant.

Puis un guitariste dans la nuit tombée. Magnifique.

Passage au sommet avec un bon vent. Bénévoles énormes. Barbecue avec saucisses ou chipo, du pain et une belle ambiance.

….

Pas vraiment de souvenirs de la descente. Mais la mémoire d’un terrain peu technique, courable, agréable avec une pente idéale pour dérouler sans fatigue.

….

Ravitos St Jean Monclar.

Essai de passer aux toilettes. Plat de pâtes sans fromage, jambon. Thé, banane, orange.

….

St Jean Monclar – Espinasses

Bon là morflé « mentalement ». Pas trouvé le parcours très intéressant même si, heureusement, il se fait de nuit. Chemin large forestier quasi intégralement. Pas de sentiers. Courir.

Beaucoup de calculs sur cette portion. Quart. Tiers. Moitié de course. Puis prochain tiers, prochain quart ?

Arrivée sur Espinasses, je reprends un coup de bien car j’arrive à courir tout le long même sur tout le long bitume.

….

Espinasses. Sac d’allègement. Mais ravitos plus léger. Tuc et jambon. Banane. 4 quart.

Je change de Tshirt MC et ML. De baskets. Et me masse les jambes à l’arnica.

1100 m de D+ nous attendent.

Une vraie montée. Mais plus trop de souvenirs de la première partie en lacet (d’après la carte).

Je mets la musique dans cette ascension. Pour la première fois cette année. Mais là je kiffe, je plane. Depuis la TDD, Diana di l’Alba et L’Argusci m’enivrent.

Je revoie la montée finale aux antennes. Un vent de fou. Couper la musique. Pas trainer, je ne m’habille pas, mais pas trainer !!!

Passage aux antennes. Mont Colombis. Descente. Je ne sais plu si je ne mets pas quand même un coup la veste.

Plus vraiment de souvenirs de cette descente.

Ravitos Chorges.

Petites erreurs, je ne mange pas beaucoup, alors qu’on part pour 1900 m de D+.

Le jour se lève en partant du ravito.  La nuit a été longue. On sent bien la différence avec simplement les nuits de l’UTMB 3 semaines plus tôt.

Je remets la musique.

Puis il faut passer en mode jour. Je veux tout faire sans m’arrêter, mais ce coup-là ce n’est pas la bonne option avec les bâtons, la musique… Bref une fois qu’il me semble avair tout gérer, je veux renfiler mes gants, mais il m’en manque un. ET MERDE !!! Obligé de rebrousser chemin, j’ai dû le faire tomber. Je croise Irina Malejonock qui me dit avoir vu mon gant, et l’avoir posé sur un caillou au bord du chemin 50 m plus bas. Je finis par le récupérer en ayant croiser également Linda.

Pour le reste de la montée, je reste à vue des 3.

Puis on se tape un loooong cheminement avant d’attaquer l’ascension finale. Sur ces longues portions, je « souffre » au niveau mental. Il faut que je répète mon mantra, et fait des comptes d’apothicaire ‘Quart, tiers, milieu, projection si 6H sur cette étape (entendu au ravito de Chorges).

Puis virage à droite, et là ça part dans le raide-raide pour aller choper une crête. Linda s’échappe, et Irina craque.
Les crêtes sont sympas, on voit ce qu’il reste.

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J’en mets un peu plus dans cette ascension histoire de garder Linda en visu, mais en gardant mon rythme.
C’est vraiment magnifique.
Final du Piolit. Ça c’est fait. Photo pour ma sœur.

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Sauf que je n’suis pas au mieux. La tête tourne légèrement. Je m’assois. Je n’ai pas voulu manger en montant pour en finir, mais maintenant je le paye. Une barre, des haribos, un sachet de sucre. Je m’allonge. Ferme un peu les yeux. J’ai les jambes un peu coton.
Pas top.
Pas s’énerver.
Ne rien dériver.
Une chose après l’autre.

Allez descendre jusqu’au col des Chorges. Un peu technique. En vigilance !
Mais passer les premiers mètres encore un peu cotonneux, je me sens mieux. Je sens qu’il ne faut pas que je donne trop. Mais en mode éco ça va.

Je rejoins le col. Pointage. Et filer jusqu’au prochain ravito. Toujours en mode éco, en profitant de la descente.

Ravito léger. Je tape dans les bananes, le 4 quarts, les oranges, coca, et pour finir bonbons.

Je repars tranquille pour les 300 m de D+ du col de la Coupa.

Bon là toujours en éco, je ne donne rien mais me fait bien reprendre par paquets!
C’est pas grave. A ce moment-là, ça ne compte pas.

Passage du col. Le premier du 74 est en train de monter.

Je m’engage dans la descente où je me ferais doubler par le 1er et le 2eme du 74. Vraiment à de belles allures et avec un petit mot.

Je me fais passer par le 3eme en bas de la descente en rejoignant un hameau où je pensais le ravito. Non faut continuer. Là je suis un peu sec, et chemine pas mal en marchant/courant sur ce faux plat descendant avant d’enfin arriver au ravito, à la base de loisir de Réallon.

Maître-mot : recharge.
Assiette de purée avec un demi saucisse et un mini sandwich de jambon. Je reprends même un peu de purée. Puis bananes, quartier d’oranges avant de repartir juste derrière Linda, qui va me lâcher très très rapidement.

Bon après Réallon, ceux du 74 vont gentiment se succéder.

Nouveau calcul : je pars à 14H de Réallon. En gros, y a 1700 m de D+/100 m de D-. Je dis 4H de montée. Puis 2 H de descente sur le ravito. Ça ferait 20H. Puis 2H pour descendre à Embrun. Bordel arrivée à 22H00 me semble faisable !!! Ça serait énorme… Et ça voudrait dire finir en 36H00. Ça me semble fou. Je ne m‘arrête d’ailleurs pour le moment pas là-dessus.

Au départ ça monte, puis on repart en balcon, puis descendant, puis cheminement.
De nouveau vraiment un peu marre de ces cheminements, me manque un peu du parcours montagne on monte, on descend et on enchaine ainsi…
Heureusement on finit par attaquer la montée proprement dite.
A mon rythme tranquille au départ.
Puis après m’être fait remonter par un duo, croiser à plusieurs reprises, je mets dans le rythme.
Première partie en forêt.

Avec une jolie cascade.

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Puis on débouche sur un plateau. Puis on n’est plus vraiment sur un sentier, puis ça grimpe un peu direct. Ça pique bien. On arrive au Col de Trempa-Latz. J’ai cru que c’était le sommet, mais en cheminant on voit que non. Ça grimpe encore fort derrière. C’est sauvage. Vraiment top.
On débouche enfin au sommet. On voit le cheminement de crête descendante qui nous attend jusqu’au Mont Guillaume.
Allez go, ça va passer pour les 18H00 cet’histoire !

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Effectivement je bipe à 17H50.
Range les bâtons dans le sac, et remet mon Tshirt MC par-dessus le ML que j’ai gardé depuis Réallon.

Reste 3 kil jusqu’au ravito… Je ne vais pas mettre 2H, là ! Bordel ! Plus trop réfléchir, mais bordel c’est la fin !!! Et bordel, je vais finir mon 3eme 100 miles en 2 mois ! Et bordel de bordel de bordel je vais mettre quel chrono là ???

Rester dedans, je fais la descente bien, des 74 me doublent, mais je préchauffe gentiment. Je croise 3 fois deux gentilles bénévoles qui descendent en passant par des raccourcis. Trop sympa !

Je rejoins Linda au niveau du ravito. Un coca. Remplissage une flask. Et on repart. On échange un petit peu.

Puis allez j’ai envie d’y aller.

Ça monte en moi, ça monte, ça monte, j’ai envie de lâcher les cheveaux comme à l’UTMB. Je cours, essai de bien faire développer les jambes, le terrain s’y prête, petit à petit je suis chaud, et allez faut envoyer, rien lâcher. Ça fait vraiment plaisir d’envoyer enfin comme ça.

Juste avant la traversée d’un hameau au-dessus d’Embrun, je suis rejoint par un gars du 74. On se met à discuter, bien sympa. Je garde le rythme mais ça permet d’être moins focus alors que je commençais à souffrir un peu à conserver le tempo.

On arrive à la base de loisir, et on enquille la digue. Dur, dur cette grande ligne droite toute plate. Mais à 2, du coup ça va mieux.

Un gars du 164 doublé dans la fin de la descente, reviens et court avec nous.

Puis 3 gars de la 74 nous remonte. Je dis à mon gars de filer avec eux. Il va le regretter sinon.

On trace avec le 164, puis à 100 m de la ligne, je suis rejoint par mon Julien !!!
Trop fort, énorme, génial.
Du coup on file ensemble vers la ligne ! C’est juste absolument génial ! On aurait cherché à faire ça, c’était impossible ! La probabilité pour que ça arrive devait être de 0.00000x chances. Et là ça matché parfaitement !

Alors que ma ligne aurait dû être solitaire et un peu tristounette, elle sera juste géniale et incroyable !

33H42 – 38eme.

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Papotage, photos sur la ligne, puis direction le ravito d’arrivée. Change à la voiture, téléphone à mes amours, puis retour au ravito. Et enfin soirée avec mon Julien dans son appart.

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Et le lendemain après un bon petit dej et passage sur la ligne, c’est le retour sur Annecy.

Bon j’y suis arrivé.

Le corps est incroyable. Et pour le coup, le mental aussi.
Je me suis focalisé sur le fait d’y arriver, mais en même temps en prenant chaque chose au fer et à mesure.
J’ai retrouvé mon état « Ultra » avec plaisir et je m’y suis appuyé dessus. J’ai eu l’impression de ré-enfiler mon costume « Ultra », et cela avec plaisir.
Comme enfiler LA tenue qui nous va bien et où on se sent bien. Une tenue qui englobe les vêtements, le matos et l’état d’esprit. Une tenue dans lequel je me sens bien, heureux apaisé, en phase avec ce que j’aime faire, pratiquer, vivre.

Les choses ont été aussi rendu plus facile par les conditions parfaites. J’avoue que si la météo avait été moins clémente je ne sais pas comment j’aurais réagi.
Par le fait aussi, que le GTSP est quand même assez roulant. Les distances passent plus vite, et l’impression de bien avancer, même si ça restait dur, rend la course plus simple.
Et par le fait d’avoir pu progresser de façon beaucoup plus solitaire sur les chemins. Ce n’était pas clairement pas la fréquentation de l’UTMB, et c’est pour moi bien plus agréable. Ça correspond plus à mon attente sur une épreuve avec dossard (et ce malgré l’ambiance folle de Cham qui est quand même quelque chose).

Une facilité supplémentaire est la « routine » que j’ai ressenti dans la gestion générale : matos, ravitaillement, état d’esprit.
Et même une routine dans les sensations physiques ressentis. C’était dur physiquement, les cuisses étaient courbaturées… mais je connais, ce n’était pas inconnu, nouveau, ça a déjà été géré, dépassé, surpassé. Il suffit de s’accrocher à cette connaissance.

Je crois surtout que j’ai fait ce que je sais faire, j’ai fait au fond ce que j’aime faire. J’ai pratiqué ce qui est un fond de moi mon mode d’expression.
J’adore plus que jamais être sur le chemin, chercher un mouvement perpétuel, me laisser aller.
Je me rends compte depuis quelques années que même le ski (et encore moins le vélo) ne me permet pas d’atteindre cet état méditatif, cette parenthèse mentale. Sans doute est-ce une des raisons pour laquelle le ski n’est plus si attractif pour moi, que l’entame de saison d’hiver est souvent laborieuse, et la fin généralement désirée et anticipée.

Bon j’y suis arrivé. J’ai réussi l’enchainement imaginé 7 jours avant la course.
Je reste sidéré qu’une idée, un mantra (‘’Chercher ces limites, c’est essayer de les repousser’’), une volonté intellectuelle puisse me tenir, me supporter, m’emporter sur 165 bornes.

Je reste sidéré d’avoir réussi à enchainer ces 3 Ultras, et ne pas en ressortir cassé, détruit. Quand je pense à l’état dans lequel je sortais de l’UTMB en 2006 !

Et en même temps, je constate que l’enchainement pour l’enchainement comme je l’ai fait là n’apporte pas grand-chose.
J’en retire que c’est quand même plus intéressant d’être vraiment prêt au départ (et ne pas avoir une dette de fatigue dès le début).
Qu’il y a ainsi beaucoup plus de plaisirs à aller chercher.
Voire également de satisfaction en chassant une « perf », qui est quand même au final pour moi une raison d’être du dossard (même si sur certaine course la « perf » pour moi peut être juste de terminer (SwissPeaks360 ou Terre des Dieux par exemple)).

L’enchainement amène une satisfaction « facile », il « suffit » de franchir la ligne pour se déclarer satisfait, pour remplir l’objectif.

Alors là, je me suis prouvé que je peux effectivement enchainer 2, 3, …  ultras ou  100 miles dans une saison…. mais pour qu’il y ait un réel intérêt il faut vraiment une véritable récup entre.
Car sinon pour juste empiler des itinéraires, les Off sont bien plus appropriés !

 

Rédigé par Philippe PL

Publié dans #LES COMPETS

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