2022 08 26 UTMB

Publié le 6 Septembre 2022

Le lien vers le récit sur Kikourou

UTMB 2022


Vendredi 16h45

Je fais une dernier bisous à Lola, allongé sur le canapé de l’appartement loué à Cham pour mes parents.
Lola me dit qu’elle a confiance en moi, mais qu’elle a peur car j’ai l’air fatigué.
Je me prends ça en plein dans la figure. C’est sans filtre, et je ne peux que constater qu’elle a raison. Je me sens crevé.

17h00 env
En filant vers le départ avec Céline, Lola et ma sœur, j’ai une impression de mauvaise position de ma chaussette. Comme un bourrelet. Céline fonce me chercher une autre paire de chaussette.
Tout ça pour qu’au final la paire de chaussette initiale me fasse l’intégralité de l’UTMB.

17H10 à 17H55
Je suis dans la foule.
Je reste imperméable à ce qui m’entoure. Pas se laisser happer.
Etre simplement heureux, apaisé d’être là.
19 ans après ma première participation, et 10 après la dernière.
Et pour l’année de mes 50 ans.
Et sûrement pour la dernière fois.

17H55 env
Lecture du message de Céline m’indiquant où elles sont positionné.
Le plus important : ne pas les rater.

18H00
C’est parti.
C’est vrai que c’est dément cette traversée de Cham !

18H10 env
Bisous Céline et Lola. Coucou ma soeur, mon père et Christine.

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Puis le chemin vers les Houches.

19H00 env
Gare des Houches, surprise Lola est là, arrivé en train,  avec tout le monde.
Trop bien je profite.

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Traversée des Houches.

Puis on attaque la montée.

Ça reste tellement dense.

J’essaie de rester dans ma bulle. Avancer à mon rythme.

20H50
Je traverse St Gervais… Je suis dubitatif… Qu’est-ce qu’y se passe ? Mes jambes sont courbaturées, gorgées, saturées… Une seul descente et je suis fumé…
Ne rien laisser transparaitre. Profiter de Lola, Céline et ma famille au ravito.

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Repartir. Détester cette portion.

La détester encore plus avec les jambes carbonisées.

Entamer un combat mental. Déjà.
Ne pas y être prêt.
Ne pas comprendre.
Ne rien lâcher.

22H30
Traverser le ravito des Contamines. Le trouver surchargé, glauque, pesant.

Délirer à passer par le centre UCPA à la sortie des Contamines, et surtout sur le terrain de Beach Volley, où j’ai fait un séjour en 2000. Maudire quand même ce détour.

Avoir la confirmation sur le long cheminement jusqu’à notre dame de la Gorges que les jambes ne sont pas comme elles devraient être au début d’un Ultra.
Avoir la confirmation que toute cette première partie terriblement roulante ne me convient tellement pas !

23H00 env
Kiffer le passage des arceaux lumineux avant notre Dame de la Gorge… OK, il parait que ce n’est pas très éco-responsable…
Mais est-ce vraiment cette simple animation sur le gigantisme de cet évènement qui nous mets tous en péril ?
Est-ce la bonne position du curseur à s’offusquer de cette animation-là ?

Samedi 00H05 env
Arrivée au ravito de la Balme.
Savoir que la vrai course commence ici.
Ne pas comprendre comment je peux être aussi cuit. Ne pas avoir réussi à courir sur le plat avant.

Repartir doucement. Se poser beaucoup de questions sur le fait de mettre la veste ou pas (Ce sera non, le coupe-vent sans manche et les manchettes suffiront pour ce col-là).

Me faire passer par des wagons. Ne pas paniquer. Avancer à mon rythme. Ne pas se projeter plus loin que l’étape dans laquelle je suis. Malgré la facilité du cerveau à se projeter plus loin sur cet itinéraire-là.

Me prendre une première attaque de sommeil. Être dans le dur.

1H15

Passer le col du Bonhomme, puis Col de la Croix du Bonhomme 35 min plus tard.
Me reprendre des wagons dans le début de cette descente. Avoir les cuisses déjà raidies, tendues, limite courbaturées, avoir du mal à engager naturellement. Devoir se forcer. Déjà. Ne toujours pas le comprendre. Prendre cher au niveau mental.

Heureusement le bas de la descente se passe mieux. Me remets en mode progression.

2H35 env
Rencontre avec Sylvain au ravito des Chapieux. Je suis chafouin. Lui a une blessure dû à une sortie de mammouth en vélo à gérer. Bon le monsieur m’avait déjà estomaqué l’an dernier sur la Swiss Peaks !

Repartir sur la route. Éteindre la frontale pour essayer de profiter des étoiles… Impossible, la course est tellement dense encore !

Montée du Col de la Seigne, souvenir de cet été, de sa longueur. Lutter, se faire attaquer par le sommeil. Flirter à la limite de la conscience.
A un moment sûrement s'endormir inconsciemment, sombrer, ressentir une décharge d’adrénaline… l’attaque est finie.

Finir le col, enchainer avec les pyramides calcaires. Voir la lumière se lever.

6H00

Engager la descente. S’obliger malgré la réticence des jambes.
Se rendre compte que pour certains négocier les cailloux est compliqué, savourer le fait de doubler.

Ravito Lac Combal
Profiter des toilettes.
Vite repartir. Essayer de profiter de la courbe positive dû à la descente pour courir le long du lac Combal. Devoir bien lutter quand même.

Puis se sentir vraiment dans le dur dans la montée de l’arrête du Mont Favre par rapport aux autres.
Trouver de nouveau la bascule très dure pour obliger les jambes à trottiner en descente.

8H40. Arrêt à Maison Vieille

J’en profite pour manger un peu ici, au calme, une assiette de pâte, plutôt qu’en bas dans l’effervescence et le monde de Courmayeur. Avec du thé et des biscuits je crois.

Puis c’est la descente, d’abord sur les pistes de skis. Les jambes restent compliquées. Puis on passe sur le sentier, un peu plus technique et ça me permet de mieux filer.

9H15. Traversée de Dolonne. C’est toujours quelque chose ces vieilles rues pavés.

Ma sœur, Lola, Christine. Puis mon papa.

Récupération du sac.

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Je ne comprends pas trop le détour avant de pénétrer dans la salle et rejoindre enfin Céline.

Comment je vais ?
« J’en chie, Céline . C’est dur. » Je suis au bord des larmes ;

Je ne pense pas que Céline s’y attendait.

L’UTMB et moi c’est une longue histoire.
7 départs entre 2003 et 2012.
4 arrivées dont un parcours de replis.
Une course qui a bâti, structuré ma façon de courir à mes «débuts ».
Qui m’a envouté à son origine.
Qui m’a laissé une souvenir amer de n’avoir jamais réussi la course dont j’ai touché du doigt la possibilité, dont j’ai rêvé.
Une histoire que j’ai eu envie de prolonger en répétant régulièrement que j’aimerais la refaire l’année de mes 50 ans.
Avec un retour de mes parents et ma sœur à Chamonix pour me suivre.
Et cette année, il me semblait en avoir les moyens cette année de faire la course tant désirée.
Et si malgré tout le chrono ne m’emportait pas, je voulais vivre une aventure de plaisirs, de kiffs…
Mais rien n’est comme cela depuis la descente sur St Gervais.
Je suis à la peine. Les jambes saturées. La lutte dans le cerveau. S’obliger en permanence à relancer, courir.
Lutter contre des pensées négatives. Se servir du mental pour les rejeter immédiatement.
Je ne me suis tellement pas préparé à ça. Je ne pensais ça avoir à forcer mentalement comme ça.
Je ne m’y attendais pas après la Corse cet été.

Céline me dit les mots qu’il faut.
Net, rapide, précis. Rien de trop, rien de plus. Lire dans son regard qu’elle ne doute absolument pas de moi.

Ne rien remettre en cause. Continuer à faire ce que je sais faire.
Retirer malgré tout, tout ce que j’en peux.
Continuer à projeter sur le chemin ce que je veux vivre.

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Ne pas trop trainer après le massage de Céline. Changer de baskets. Grignoter un peu.
Puis sortir.

Lola m’attend à la sortie. Les miens aussi.
Quelques mètres ensemble la sortie du gymnase avant de les quitter.

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Rendez-vous à la Fouly.

10H05. Traversée de Courmayeur. Par un chemin que je ne connais pas.
Fontaine à la sortie.

Attaque de la montée de Bertone.
Ne rien donner. Adopter mon pas.
Voir au final que du monde me remonte au début. Puis qu’après, les suivants restent derrière.
Laisser passer le temps, débrancher le cerveau quand on ne voit pas la fin.
Profiter de cette montée quand même super agréable.
Sortir de la forêt, voir le refuge approcher.

11H30. Petit ravito. Je recharge en eau. Ne trouve pas grand-chose à manger et ne stoppe pas trop.

Dernière pente avant de basculer sur le sentier en balcon du Val Ferret.

J’en attend tellement  de ce sentier.
Je l’ai tellement kiffer au mois de juillet.
J’y ai tellement projeter des sensations, des envies de vitesse. Je me suis conditionner à arriver là avec les jambes qu’il fallait pour dérouler.
Et là, rien n’est vrai. Je suis dans le dur. Les jambes toujours saturées, et les relances sont, restent des vrais défis mentaux.
Je suis terriblement déçu, désappointé, frustré. Et pourtant mon esprit prend les choses comme elles sont et fait avec. Sans rien lâcher.

Je trace vaille que vaille.

Ici par contre d j’ai u mal avec le manque de solitude. Il y a 10 ans, passé Courmayeur, on avait de belles portions solo.
Là, je suis sidéré du monde encore sur les chemins.
Toujours quelqu’un en visu, ou derrière.
Et ça durera ainsi quasiment ainsi jusqu’à Chamonix.

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13H00. Passage à Bonatti. Souvenir de la tarte aux myrtilles du début d’été.

Puis derrière, c’est de nouveau la lutte mentale… Agrémentée d’une baisse d’énergie.
Dû à un manque de nourriture (pas assez mangé à Courmayeur en trop comptant sur mon repas de Maison Vieille, et surtout pas assez à Bertone).
Et le sommeil qui me tombe également dessus aussi (ou à cause).

Pourtant je n’arrive à m’obliger à réagir et à me nourrir. Je préfère subir et attendre Arnuva.
Cette portion est donc bien laborieuse et bien loin du plaisir que je comptais y trouver.

Descente finale sur Arnuva. C’est là que j’apprends la victoire de Kilian et la deuxième place de Matthieu Blanchard. Content pour Jornet et étonné de la confirmation de Blanchard.

La descente un peu plus raide sur le ravito me fait du bien, en me remobilisant un peu.

14H00. Objectif en entrant, prendre le temps de bien me remettre à niveau.
Je mange un peu plus, tape dans le sucré, me force un peu, mais tout passe.

Je repars, fais le plein des trois flasks avant le gros morceau qui nous attend.

En sortant je cherche un coin où me poser. Je sens que j’ai besoin de relâcher les jambes, que c’est le moment d’essayer en tout cas.
J’attaque la pente, passe les photographes et me pose dans la prairie à l’écart du chemin.
Enfile ma veste pour me protéger du vent. Le buff sur le visage. Réveil réglé sur 12 min.
Essayer de fermer les yeux.
Il me semble faire 2 endormissements, je sens par deux fois que je reprend conscience, je sens que 1 seconde avant je n’étais pas là.

Je repars. Ce petit moment a fait du bien. Légèrement musculairement. Mais surtout mentalement.

Je réattaque la montée à mon rythme. Mon pas. Ne rien donner.

Passage sous le refuge. On attaque la réelle ascension. Un concurrent abandonne et descend en râlant.
Ne pas trop porter attention sur cet élément négatif.

Rapidement un mec s’accroche à moi. Je lui propose de passer. Il me dit que ça lui va bien derrière. Je file, on file.
Mon pas n’est pas rapide, mais efficace. Sans temps mort ni à coup. Je monte sans trop en engager. Mais nous gagnons plutôt du terrain.

La fin approche. Impossible de relancer sur le replat sous le col. Je sais pourtant que je l’ai  fait en 2007.

15H53. On bipe au col. Le gars derrière moi me remercie. Très sympa.

Je ne m’arrête pas, plie les bâtons et enquille dans la foulée directement sans me retourner.

En 2008, c’était là que j’avais craqué. En m’engageant dans cette descente et en me rendant compte que mes jambes s’y refusaient.

Bon aujourd’hui ce n’est pas les jambes de folie, je dois toujours forcer mentalement pour me mettre à courir. Mais au moins ça trottine.

Ne rien lâcher. Continuer.

Passage à la Peule. Continuer.

Accepter les petits coups de remontée. Les temporiser. Se forcer à recourir derrière. Ne pas le faire à chaque fois.

La dernière descente avant le fond de vallée.
Le cheminement le long de la rivière.

Mon papa. Courir un peu avec lui.

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Arrivé à la Fouly. Courir tout le long du village.

Etouffer un sanglot parce que j’en chie. Parce que je ne vis pas ce que j’aurais aimé. Ne pas se laisser aller. Resserrer les boulons.

Lola, Céline, ma sœur, Christine.

17H30. Entrer dans la tente. Faire ce qu’il faut au ravito mais repartir aussitôt.
Faire le plein de tendresse de Lola. Le regard de Céline.

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Se relancer sur le chemin. Se forcer à courir. Ne rien lâcher. Ne pas céder. Ne pas marcher. Même doucement mais trottiner un max.
Sinon ce sera trop dur, trop long.

Kiffer tellement de nouveau les crêtes de Saleina.

Praz de Fort est si charmant, mais le bitume me défonce. Je n’arrive pas à courir là-dessus.
Je me sers des autres concurrents pour me relancer, pour essayer d’accrocher.

Arriver enfin à Issert. Refaire le plein à la fontaine.

Attaquer la montée sur Champex. Je ne l’aime pas. Je la trouve toujours trop longue. Je file à mon rythme. Je coche au fer et à mesure tous les points de passage qui marque l’ascension. Je ne m’effrite pas. Reste concentrer sur le fait d’avancer sans me soucier de ce qu’il y a autour.

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On rejoint enfin la route. Dernier bout de sentier. Mon papa. Puis plus loin Lola et ma sœur, et Christine.

20H10. Céline dans le ravito. Massage. Changement de T-shirt. Manger un peu.

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Puis repartir au bout de 37 min.

La nuit tombe pour de bon.
Reprendre une 3eme flasks rempli par Lola à la fontaine.

Quitter ma famille. Rendez-vous à Trient.

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3. Il en reste 3, là, à partir de maintenant.

Ne pas arriver à trottiner le long du Lac ou dans Champex. Pas grave. Marcher pour rejoindre la sortie du village.

Voir la bifurq pour l’Arpette.

Mettre la frontale en marche. Se lancer sur le chemin.
Trouver le chemin tellement long avant le début de la montée proprement dite à Bovine !

Je ressors mon pas tranquille. Et là j’ai l’impression de ne vraiment pas avancer. Et je me fais bien remonter il me semble au début. Un peu dur mentalement.
Attendre le moment où mon esprit trouve le temps long, et où je me déconnecte et reste concentrer uniquement sur le fait d’avancer…
Puis on sort de la forêt, on domine Martigny, tout au fond là-bas dans la vallée.
Prendre un petit coup dans les oreilles en voyant des frontales encore très haut… avant de comprendre que c’est la remontée juste après l’alpage de bovine… et qu’on est donc bientôt « arrivé » au sommet.
Avoir une pensée émue pour mon moi de 2006 où je m’étais effondré par terre sur un carton boueux dans le ravito de Bovine pour essayer de dormir un court instant.
Passée le sommet, et se lancer immédiatement dans la descente. Profiter qu’elle soit un brin technique pour se relancer mentalement. Etre un peu plus seul dans cette descente, il me semble.

Ne quasi pas s’arrêter dans l’étable du ravito de la Giète. Mais apprécier l’arrivée sur le ravito avec la musique.

Attendre l’arrivée sur le col de la Forclaz.
Enchainer direct sur le reste de la descente.

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Dimanche 00H40
Trient ! Tout le monde est là de nouveau.
Lola dans mes bras. Passage au ravito. Céline avec moi. Manger, refaire le plein, ne pas trainer.


 

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Repartir au bout de 18 min.
Du mal à se déplier en sortant. Maintenant les jambes se raidissent instantanément dès que je m’arrête ! Les escaliers en descente en partant sont bien raides !

Rendez-vous à tous à Cham !

Allez, il en reste 2 !

J’enfile ma veste parce que ça pèle dans le fond de vallée ! Puis l’enlève rapidement dès le début de la montée.

Comme toujours, je prends mon pas. Comme toujours en pied de montée je me fais bien reprendre. Faut laisser passer ce moment. Les choses s’équilibrent plus haut.

2H10. Passage à Les Tseppes.
Ce n’est pas fini. Un bout de grimpette encore.

Puis ça y est on chemine en balcon, alpage, avant de basculer côté Vallorcine.

La descente est un peu plus technique au départ, ça me convient mieux, et je remonte gentiment du monde.
Ne pas déconcentrer, ne pas lâcher. Passage en haut des pistes, continuer à courir sur les pistes forestières.

Arrivée sur Vallorcine, un peu halluciné devant le cheminement labyrinthique avant d’accéder au ravito.

3H50. Objectif ne pas trop trainer, il en reste plus qu’une devant moi.
Plein des flasks, manger un peu et retourner au charbon.

Cheminement jusqu’au Col des Montets. J’aurais aimé être capable de trottiner, ou relancer.
Mais non je temporise, marche d’un pas constant. Impossible de tenir la nana devant moi, puis 2, 3 mecs qui passent.

Col des Montets. Presque hésitation à dormir un coup au chalet comme en 2009 il me semble.
Mais la place est prise, et puis merde il n’en reste qu’une !

J’attaque la montée. Je prends mon pas. Pareil je suis lâché par 2, 3.
Je passe les 2 premiers virages . Un coup d’œil en bas, vers le col. Une file de frontales est à mes trousses.
Ça m’em…rde. Ça va tout me remonter dessus si je continue à mon rythme… Et puis je m’étais dit d’essayer quand même.

Donc là je vais rehausser mon rythme… et en même temps je vais "m’endormir".
Je me mets dans une sorte d’état de lévitation, une semi-perte de conscience.
Semi car je reste sur le chemin et avance, et plutôt bien.

En même temps mon esprit va lâcher prise et se concentrer sur 17, 18 et 19 .
17, 18, 19 ???
C’est ma vitesse, ou plutôt ma vitesse cardiaque. A 17 je suis sur mon pas, 18 j’accélère, je ventile un peu plus et je remonte tranquille. 19 là j’accélère, je ventile fort, je monte fort.
Et je vais faire toute la montée en gérant ça dans un état semi-conscient.

« Allez je remonte j’suis bien j’suis à 18. Allez je passe, je mets un p’tit de 19 pour pas que ça s’accroche.
Allez un peu de 17 pour reprendre un peu. Non c’est pas asse,z passe à18… »

Toute la montée comme ça. En sentant, en touchant du doigt parfois que c’est bizarre, que je suis bizarre. Mais sans non plus chercher à trop creuser.

Et pourquoi 17, 18 et 19 ? Mystère.

N’empêche ça marche. J’ai repassé ce qui m’ont passé au début à mi-pente et continue ma remontée.

Tout ça dure plus ou moins jusqu’à Tête aux Vents.

Le jour se lève. Petit à petit, cet état s’effrite, ma conscience reprend le dessus.
Et petit à petit je me rends compte aussi de l’état dans lequel j’ai été.
Je me rends compte également que  depuis Champex, je fais toute les montées  avec une pensée, une sensation sous-jacente d’une « mission », une tâche, un boulot à accomplir. Que je monte pour amener quelque chose quelque part. Rien de plus clair ou défini que ça. Mais toujours ce sentiment, ce devoir en tête.
Tout ça est compliqué à vraiment verbaliser, à expliquer. Et encore plus étrange à s’en rendre compte et à accepter.

Je temporise un moment derrière un petit groupe de 3, 4 en me réveillant. Puis un gars nous rattrape et double. Ça me réveille, et j’embraye.

Sans être surpuissant mais en profitant du terrain un peu technique j’arrive à filer et remonter tranquillement du monde. Mais c’est long, la Flégère est là-bas tout au fond.
Profitez, avancer, ne pas trop se poser de questions.

Dernière rampe à franchir avant le ravito.

7H03. Ravito. Un verre de coca. Pas vraiment d’arrêt.

Et allez bascule dans la descente.

Maintenant j’ai décidé depuis longtemps de vraiment laisser aller.

Début des pistes de skis en souplesse, puis on attaque le sentier. Je cours bien, revient sur un premier gars qui a quitté le ravito juste devant moi, le passe… bon maintenant faut assumer et rien lâcher jusqu’en bas.

Et là je cours. Réellement. Je remonte vraiment du monde.

Et là, juste avant les chalets de la Floria, je croise Dawa Sherpa !
Hiiiiiiiii, freinage d’urgence.

« Bonjour ! Merci Dawa, pour ce que tu as représenté, ce que tu as couru, pour ton palmarès… Et surtout, tu resteras pour toujours le premier ! »
Il sourit à tout ça, me félicite aussi, et me dit surtout de filer.

J’aurais l’immense joie de me retrouver à côté de lui lors de la cérémonie de remise des prix de l’UTMB dans l’après-midi. De pouvoir lui redire tout ça de façon plus posé peut-être et surtout de prendre une photo de lui avec ma fille.
 

Et puis, Dawa quoi !

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Donc du coup je file et continue de ne rien lâcher.
Chalet de la Floria.
Puis c’est le chemin 4x4. Je ne lâche toujours rien. Je ne l’ai jamais aussi bien couru !

Et ça continue jusqu’au bout. Sur les replats avant Cham, je continue, en courant sans effort, en remontant…

C’est kiffant… et si je réfléchissais trop, tellement frustrant de me mettre à courir, à éprouver des sensations les 7 derniers kil de la course…

Et pourtant je ne lâche rien, remonte encore 2 personnes après la passerelle dans Cham.
Puis c’est la ligne droite le long de l’Arve.
Je continue. Passage sous l’échelle de pompier au bout de la ligne droite.
Ma papa me rate, je rate mon papa.

Les rues de Cham, Lola court vers moi, ma sœur est là. Christine. Blandine et Agathe.

Plus loin François et Alexis. Dernier détour pour arriver sur la dernière ligne droite. Je cours avec Lola et les enfants.

Je franchis la ligne.

Lola dans mes bras. Sourire.

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Puis Céline.

Ma sœur.

Maman.

On se regroupe. Quelques photos. Puis on se fait sortir. Laisser la ligne aux autres.

Finalement pas le temps de beaucoup d’émotions.

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Je m’assoie un moment.

Heureux d’être là. Heureux d’avoir bouclé.

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Heureux d’avoir vaincu mon enchainement Terre des Dieux – UTMB.

Récupération de la polaire.

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Photo finisher.

38H03 – 636eme

Mon papa arrive.

Puis tour rapido à l’appartement de mes parents avant sa libération à 10H00 pour prendre une douche et me poser 20 min.

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Puis on rejoint mes beaux-parents et on finit la matinée en terrasse à voir passer les coureurs.
Avec la visite de Julien et sa petite famille après sa belle CCC !

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Et enfin resto le midi en famille et avec Blandine et François autour d’une belle pierrade.

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Bon je conclus ainsi une aventure de 19 ans avec l’UTMB.
En étant finisher…
Mais pas vraiment comme je l’aurais  tellement désiré, espéré.
Je ne pense qu’il y aura d’autres UTMB maintenant. A partir de l’année prochaine, Les conditions d’inscription deviennent trop compliquées, commerciales pour moi. Je n’y jouerais pas.

Alors j’avais imaginé faire la course dont j’ai rêvé, que j’ai désirée, et dont il me semblait avoir les moyens
Et si je ne faisais pas cette course emporté par le chrono, je voulais vivre une aventure de plaisirs, de kiffs…

Je n’ai rien eu de tout ça.
J’ai lutté très vite mentalement, et je ne m’y attendais pas à ce point.

Je n’ai pas eu le flow, ou trop peu, ou trop tard et pas assez.
Je n’ai pas eu ce sentiment d’éternité, ce mouvement perpétuel, cette sensation de lévitation, cette plénitude que je recherche.
Je n’ai pas eu cette quête d’absolu  - un absolu mathématique quand, entre deux moments, les sensations sont folles, la fatigue inexistante, la fluidité inégalable, l’avancée fulgurante… - et peu importe à ce moment-là le chrono, le temps, le timing sur la course.

Donc c’est un sentiment mitigé pour conclure cette aventure avec l’UTMB ;

Mitigé, car il ya quand même d’immenses contreparties.

Celle d’avoir résisté, tenu…
Celle de conclure mon histoire avec l’UTMB en étant finisher.
Celle d’avoir un chrono dont j’aurais été tellement fier il y a 19 ans.
Celle de l’aventure intérieure que j’ai encore vécue.
Celle d’avoir Céline et Lola sur le bord du chemin.
Celle de réunir mes parents et ma sœur sur une course pour la première fois depuis 2008
Celle de Blandine et François à l’arrivée.
Celle de ce magnifique été sportif que je viens de vivre.
Celle de ce bel enchainement.
Et celle d’avoir vécu cette dernière ligne droite avec la main de Lola dans la mienne.

 

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La vidéo officielle

Rédigé par Philippe PL

Publié dans #LES COMPETS

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M
Hihi déjà lu 2 fois et vu les photos plusieurs fois😁<br /> Dommage de te sentir si déçu et frustré de n'avoir pas eu la course que tu rêvais. Peut être que finalement tes sorties en off d'été autour du Mont Blanc t'a laissé une impression de plus grande facilité et ton passage par la TDD une grande épreuve mais l'UTBM reste donc une grande course 🙄 Que tu as vaincu avec le mental et l'expérience de toutes tes courses précédentes depuis maintenant de nombreuses années 😱 ce qui t'a permis de finir très dignement !<br /> En voyant les photos tu as eu aussi de beaux échanges avec tes suiveurs et beaucoup de partage avec nous tous.<br /> Avec le recul.. soit heureux de ce que tu accomplit , c'est si beau et fort.
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Y
J'en sais maintenant plus sur ton UTMB grâce à ton récit très touchant qui respire le vrai, tes émotions ... Et si finalement il fallait tenter de donner plus de plus loin? Voilà mon ressenti après t'avoir lu. Ça reste exceptionnel ce que tu as fait cet été et malgré ta frustration de tes sensations le chrono est admirable. <br /> J'espère vraiment que tu puisses me faire découvrir ce tour un jour comme guide 😉
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